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Financer une startup quantique en France : le guide complet, du labo à la série A

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BTD Consulting
il y a 21 minutes
12 min de lecture

Une femme ajuste un appareil doré suspendu dans un laboratoire high-tech aux structures métalliques et baies serveurs.

Par Margaux Morel, chargée marketing et communication chez BTD Consulting, Expert en Financement de l’Innovation labellisé Bpifrance.


Ta technologie fonctionne au labo. Tes qubits tiennent, ton capteur dépasse l’état de l’art, ton protocole de communication est publié. Pourtant, quand tu ouvres ton tableur de trésorerie, une seule question reste : qui va payer les cinq à dix ans qui te séparent d’un produit vendable ? Il n’y a pas de recette toute faite pour ça. En France, on compte un seul fonds de capital-risque spécialisé dans le quantique, et selon la Cour des comptes les financements privés ne représentent qu’environ 5 % des sommes investies dans la filière.

La bonne nouvelle, c’est que 2026 rebat les cartes. En mai, l’État a ajouté 1 milliard d’euros à la stratégie nationale quantique. En février, Quantonation a bouclé un deuxième fonds de 220 millions d’euros. En mars, Pasqal a annoncé un financement de 340 millions d’euros et sa future cotation au Nasdaq. L’argent existe. Il est simplement distribué selon une logique très différente de celle d’une startup SaaS, et si tu ne la comprends pas, tu risques de lever trop tôt, trop peu, ou de céder trop de capital au mauvais moment.

Dans ce guide, je t’explique comment le financement du quantique fonctionne vraiment en France, quels leviers activer à chaque étape, et quelles erreurs je vois revenir dans les dossiers deeptech que j’accompagne.


Pourquoi financer une startup quantique ne ressemble à aucune autre levée de fonds


Un cycle de développement plus long que la durée de vie d’un fonds

Un fonds de capital-risque classique investit sur environ dix ans, dont quatre ou cinq de période d’investissement. Il lui faut une sortie (rachat ou introduction en Bourse) avant la fin de cette période. Or une technologie quantique, surtout en calcul, demande souvent dix ans ou plus entre la preuve de concept et un premier produit commercial à grande échelle. L’objectif public est révélateur : le programme PROQCIMA vise un ordinateur quantique tolérant aux fautes en 2032. Pour un investisseur généraliste, ce décalage est rédhibitoire. C’est pourquoi la plupart des fonds que tu vas rencontrer te diront que ton projet est « passionnant mais trop tôt ».

Il faut donc construire ton financement en sachant dès le départ que l’argent public portera une grosse partie des premières années. Ce n’est pas un échec, c’est le fonctionnement normal de la filière.


Un secteur porté avant tout par l’État

La Cour des comptes l’a écrit noir sur blanc dans son rapport publié le 19 juillet 2026 : les financements publics et la commande publique représentent l’essentiel des ressources du secteur. Le cofinancement privé n’atteint qu’environ 5 % au global et environ 25 % sur les projets industriels. Elle relève aussi qu’aucune des onze entreprises quantiques cotées dans le monde n’est européenne. À l’échelle de l’Europe, la Commission estime que les entreprises du continent ne captent qu’environ 5 % des financements privés mondiaux du quantique.

Pour toi, la conclusion est claire : ton premier « investisseur », c’est l’État, au sens large (Bpifrance, France 2030, l’ANR, les programmes européens). Ton plan de financement doit être construit autour de lui, et non l’inverse.


Un marché qui n’existe pas encore partout

Enfin, le quantique n’est pas un bloc. Un capteur quantique pour la navigation ou l’imagerie médicale peut trouver des clients industriels en quelques années. Un composant cryogénique ou photonique peut se vendre aux autres acteurs de la filière. Un ordinateur quantique généraliste, lui, dépend d’un marché encore en construction. Ta stratégie de financement dépend directement de cette position dans la chaîne de valeur, et c’est la première chose qu’un financeur va chercher à comprendre.


Stratégie nationale quantique 2026 : ce qui change concrètement pour ta startup


Un deuxième plan à 1 milliard d’euros

Lancée en 2021 avec 1 milliard d’euros de financement public sur cinq ans (1,8 milliard en comptant le privé), la stratégie nationale quantique a été reconduite en mai 2026 avec 1 milliard d’euros supplémentaires issus de France 2030. Le dossier de presse officiel détaille la répartition : 470 millions d’euros pour la recherche et le développement du matériel, 160 millions pour l’ambition européenne, et le reste pour le logiciel (middleware, algorithmes, accès aux machines), la recherche sur les capteurs et les communications, et l’attractivité des talents. Sur 2026-2030, le gouvernement chiffre l’effort à 1,7 milliard d’euros de fonds publics et à 3 milliards en comptant les financements européens et privés.

Retiens surtout l’axe logiciel. Pendant cinq ans, l’essentiel des moyens est allé au matériel. Si tu développes des algorithmes, du middleware ou des outils de contrôle, tu arrives au moment où l’État cherche à combler ce manque.


PROQCIMA : quand l’État devient ton client

PROQCIMA est un programme de commande publique lancé en 2024 par le ministère des Armées. Cinq entreprises ont été retenues (Alice & Bob, C12, Pasqal, Quandela et Quobly). Elles seront trois en 2028, puis deux en 2032. Le budget a été porté à 300 millions d’euros pour 2026-2030, soit 358 millions depuis le lancement, et l’objectif a été relevé à 1 024 qubits logiques en 2032, contre 128 au départ.

Si tu ne fais pas partie de ces cinq-là, ce programme te concerne quand même. Ces entreprises ont besoin de fournisseurs pour l’électronique de contrôle, la cryogénie, la photonique, les logiciels de calibration et la correction d’erreurs. Devenir le fournisseur d’un lauréat PROQCIMA, c’est obtenir du chiffre d’affaires, une référence technique, et un argument très fort face à un investisseur.


Les dispositifs d’amorçage déjà en place

La stratégie s’appuie aussi sur des outils pensés pour les toutes premières étapes, comme le start-up studio Quantum LaunchPad et le programme de maturation QuantXium. Des startups comme SilentWaves, Welinq, Viqthor ou Isentroniq sont citées dans le bilan officiel. Si tu es encore chercheur et que ta société n’existe pas, c’est là que tu dois commencer, avec la SATT et l’incubateur de ton établissement.


Les financements non dilutifs : ta première source de carburant


Bpifrance, du premier euro à la R&D lourde

Le parcours Bpifrance d’une startup deeptech commence généralement par la Bourse French Tech Emergence, destinée aux projets très technologiques encore en phase de maturation. Elle couvre les premières dépenses de faisabilité et sert surtout à ouvrir une relation avec ton chargé d’affaires innovation. Je ne saurais trop insister là-dessus : chez Bpifrance, la confiance se construit dossier après dossier, et un premier financement bien exécuté et bien justifié ouvre la porte aux suivants.

L’étape suivante, pour un projet quantique, est souvent l’Aide pour le développement deeptech. Elle peut atteindre 2 millions d’euros et couvrir jusqu’à 45 % des dépenses éligibles prévues, sous forme mixte : une part de subvention et une part d’avance récupérable à taux zéro, avec un différé de remboursement possible. Pour y accéder, ton projet doit avoir obtenu la qualification deeptech de Bpifrance, ce qui suppose un lien fort avec la recherche et une rupture technologique démontrable. Point crucial : tu dois disposer de fonds propres suffisants pour financer la part restante du projet. C’est souvent là que tout bloque, et j’en parle plus bas.

Garde aussi en tête un signal envoyé par la Cour des comptes. Elle recommande de privilégier les avances remboursables plutôt que les subventions. Concrètement, attends-toi à voir la part remboursable augmenter dans les montages proposés, et prévois-le dans ton plan de trésorerie à cinq ans.


Les leviers fiscaux qui financent ta R&D chaque année

Le crédit d’impôt recherche te rembourse 30 % de tes dépenses de recherche éligibles, et une startup en déficit peut en demander le remboursement immédiat sous conditions. Dans le quantique, où l’essentiel des dépenses est de la R&D pure, c’est un levier énorme et récurrent. Attention toutefois à la documentation : depuis la jurisprudence Scality, il ne suffit plus de déclarer un salarié comme chercheur, il faut prouver ce qu’il a réellement fait sur des travaux éligibles. J’ai détaillé ce point dans mon article sur l’arrêt Scality et dans le guide complet du CIR.

Le statut de Jeune Entreprise Innovante, et sa variante Jeune Entreprise de Rupture, s’ajoute à ce socle avec des exonérations de charges sociales sur les postes de R&D, ce qui pèse lourd quand ton équipe est composée de docteurs. Il peut aussi rendre ta levée plus attractive pour certains investisseurs. Tout est expliqué dans le guide JEI 2026.


L’Europe, un étage souvent sous-exploité

Le European Innovation Council est devenu un acteur central du quantique européen. Son programme Accelerator combine une subvention pouvant aller jusqu’à 2,5 millions d’euros et un investissement en capital de l’EIC Fund. Les grands noms français l’ont tous utilisé : Pasqal et Quandela ont obtenu respectivement 30 et 25 millions d’euros via l’EIC en 2025, et le fonds de l’EIC a participé à la série B d’Alice & Bob. La stratégie européenne pour le quantique, publiée en juillet 2025, prévoit en plus six lignes pilotes de puces quantiques, et un règlement européen sur le quantique (Quantum Act) est attendu pour 2027 afin de sécuriser la chaîne de valeur. Pour une startup qui fabrique des composants, cela peut ouvrir de nouveaux appels à projets.

Le dossier EIC est exigeant et très concurrentiel, mais il a un avantage stratégique : il te positionne face aux investisseurs internationaux comme un projet validé à l’échelle européenne.


Les investisseurs privés qui misent vraiment sur le quantique


Quantonation, le spécialiste français

Quantonation est le seul fonds français entièrement consacré aux technologies quantiques et à la « deep physics », et la Cour des comptes le souligne justement. En février 2026, il a bouclé son deuxième fonds à 220 millions d’euros, au-delà de son objectif de 200 millions, contre 91 millions pour le premier. Parmi ses souscripteurs, on trouve Bpifrance (via le Fonds National d’Amorçage 2), le Fonds européen d’investissement, Toshiba et Novo Holdings. Il investit tôt, vise environ 25 participations dans ce nouveau fonds, et couvre le calcul, les réseaux, les capteurs, la photonique, les matériaux avancés et l’IA physique.

Si ton projet relève de la deep physics, c’est le premier interlocuteur à cibler. Ne le sollicite pas à la légère pour autant : un fonds spécialisé repère tout de suite une faiblesse scientifique, et une mauvaise première impression est difficile à rattraper.


Les fonds deeptech généralistes et Bpifrance en capital

Au-delà de ce spécialiste, les tours quantiques français mobilisent toujours les mêmes profils. La série B de 100 millions d’euros d’Alice & Bob, en janvier 2025, a été menée par Future French Champions, AVP et le fonds Deeptech Venture de Bpifrance, avec Elaia, Breega, Supernova Invest, l’EIC et le fonds Île-de-France Réindustrialisation. Note un détail révélateur : une part importante de ce tour était constituée de financement non dilutif. Même à ce niveau, le mélange subventions, avances et capital reste la norme.

Si tu veux comprendre comment un fonds de capital-risque prend ses décisions et ce qu’il attend de toi en rendez-vous, je t’ai préparé un guide dédié au fonctionnement d’un fonds VC.


Industriels, capital-risque d’entreprise et marchés : la nouvelle donne

Le financement de Pasqal annoncé en mars 2026 montre la direction du marché. Au moins 340 millions d’euros en deux parts : 170 millions en capital, apportés notamment par Quanta Computer, LG Electronics et CMA CGM, et 170 millions en obligations convertibles liées à une cotation via un SPAC sur le Nasdaq prévue fin 2026, avant Euronext Paris. Les industriels entrent au capital parce qu’ils veulent un accès privilégié à la technologie. Pour une startup plus jeune, la leçon est simple : un partenariat industriel (contrat de R&D, preuve de concept payante, accord de codéveloppement) vaut souvent davantage qu’un tour d’amorçage, car il apporte à la fois des revenus et une validation du marché.


Retours de terrain : les erreurs qui font échouer un financement deeptech


Créer la société avec un capital trop faible

C’est l’erreur la plus fréquente que je rencontre chez les fondateurs issus de la recherche, et elle coûte cher. La plupart des aides Bpifrance sont plafonnées ou conditionnées par tes fonds propres. Une société créée avec 1 000 euros de capital et sans apport en quasi-fonds propres ne peut tout simplement pas absorber une aide deeptech de plusieurs centaines de milliers d’euros, puisque tu dois financer toi-même le reste du projet. Résultat : des mois perdus, ou une levée faite dans l’urgence à une valorisation trop basse, juste pour débloquer une aide. J’ai consacré un article entier à ce sujet, car il conditionne tout le reste.


Lever des fonds avant d’avoir épuisé le non dilutif

Dans le quantique, chaque euro levé en capital avant d’avoir franchi un jalon technique se paie très cher en dilution. Les dossiers que j’accompagne en deeptech suivent presque toujours la même logique : on enchaîne maturation, subventions d’amorçage, CIR et JEI pour atteindre une preuve de concept solide, puis on lève pour accélérer plutôt que pour survivre. La différence de valorisation entre une levée « avant démonstration » et une levée « après démonstration » se compte souvent en multiples. Pour mieux comprendre ces étapes, lis mon guide seed, série A et série B.


Ignorer la valorisation de la propriété intellectuelle issue du labo

Une spin-off quantique naît presque toujours d’un laboratoire public, et les brevets appartiennent rarement aux fondateurs au départ. Les conditions de la licence ou du transfert de technologie (redevances, part au capital de l’établissement, droits d’exploitation) seront auditées ligne par ligne par chaque investisseur. Une licence mal négociée au départ peut bloquer un tour de table des années plus tard. Négocie-la avec la même attention que ton pacte d’associés, et fais-toi accompagner.


Rédiger un dossier pour des physiciens alors qu’il sera lu par des financeurs

Un dossier Bpifrance ou EIC n’est pas une publication scientifique. L’évaluateur doit comprendre en quelques minutes le problème que tu résous, pour quel client, avec quel avantage mesurable face aux technologies concurrentes, et selon quel calendrier. Je vois régulièrement des projets brillants sous-financés parce que leur dossier parle de fidélité de portes logiques sans jamais parler de marché. Tu trouveras mes conseils pratiques dans l’article consacré à l’optimisation d’un dossier Bourse French Tech ou Bpifrance.


Construire ta feuille de route de financement quantique, étape par étape


Du laboratoire à la création de la société

Pendant la phase de maturation, ton financement vient de l’écosystème académique : programmes de maturation, SATT, incubateurs de la recherche publique et dispositifs comme Quantum LaunchPad ou QuantXium. Ton objectif à ce stade n’est pas de lever des fonds mais de sécuriser trois choses : une preuve de concept reproductible, un accord clair sur la propriété intellectuelle et une équipe fondatrice complète, idéalement avec un profil business aux côtés des scientifiques. C’est aussi le moment de préparer les concours d’innovation et la Bourse French Tech Emergence.


Des premiers prototypes à la preuve de valeur

Une fois la société créée avec des fonds propres adaptés, tu enchaînes l’aide deeptech de Bpifrance, le CIR, le statut JEI et, si ton projet a une dimension européenne, une candidature à l’EIC. C’est aussi le moment de signer tes premiers contrats avec des industriels ou des lauréats PROQCIMA. Ce chiffre d’affaires, même modeste, change complètement ta discussion avec les investisseurs. Une première levée d’amorçage peut intervenir ici, de préférence auprès d’un fonds spécialisé ou d’un fonds deeptech qui comprend tes délais, et en effet de levier sur les financements publics déjà obtenus.


De l’industrialisation à la série A et au-delà

L’étape suivante dépend de ta position dans la chaîne de valeur. Un fabricant de composants ou de capteurs peut viser une série A classique, appuyée sur ses revenus. Un constructeur de machines entre dans la logique des grands programmes publics, des investisseurs industriels et, à terme, des marchés financiers, comme le montre Pasqal. Dans tous les cas, la règle reste la même : chaque tour doit financer un jalon technique et commercial précis, qui justifiera la valorisation du tour suivant. Si tu hésites sur l’ordre des outils, mon comparatif subvention, avance remboursable et prêt d’amorçaget’aidera à y voir clair. Et si ton projet a des applications de défense, ce qui est fréquent dans le quantique, consulte aussi le guide pour financer une startup duale.


En résumé


Financer une startup quantique en France ne fonctionne pas comme une levée de fonds classique. Les cycles de développement dépassent la durée de vie des fonds traditionnels, la filière est financée en grande majorité par l’État, et les financements privés ne représentent qu’environ 5 % des montants selon la Cour des comptes. Ton plan doit donc partir de l’argent public, et non du capital-risque.

La stratégie nationale quantique v2, annoncée en mai 2026, ajoute 1 milliard d’euros, dont 470 millions pour le matériel, et met l’accent sur le logiciel et le middleware. Le programme PROQCIMA, doté de 358 millions d’euros depuis 2024, fait de l’État un client et ouvre des débouchés aux fournisseurs des cinq lauréats.

Côté non dilutif, ton socle repose sur Bpifrance (Bourse French Tech Emergence puis Aide pour le développement deeptech, jusqu’à 2 millions d’euros), le CIR, le statut JEI et l’EIC Accelerator au niveau européen. Attends-toi à une part croissante d’avances remboursables.

Côté privé, Quantonation est le fonds spécialisé de référence avec 220 millions d’euros levés en 2026. Les fonds deeptech, Bpifrance en capital et surtout les industriels complètent le tableau, comme le montrent la série B d’Alice & Bob et le financement de Pasqal.


Enfin, les échecs ont presque toujours les mêmes causes : un capital de départ trop faible pour débloquer les aides, une levée trop précoce, une propriété intellectuelle mal négociée avec le labo, et un dossier écrit pour des scientifiques plutôt que pour des financeurs. Une feuille de route en trois étapes (maturation, preuve de valeur, industrialisation), où chaque financement sert un jalon précis, est la meilleure façon de garder le contrôle de ton capital.

Tu développes une technologie quantique et tu veux bâtir ton plan de financement ? Chez BTD Consulting, je t’aide à faire le bon choix à chaque étape, du premier dossier Bpifrance à ta préparation de levée.


Sources :





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