Comment trouver le bon investisseur en phase de pré-amorçage
- BTD Consulting

- 4 août
- 8 min de lecture

Tu as un prototype, une conviction forte et un compte en banque qui fond plus vite que prévu. Bienvenue dans le pré-amorçage, cette période où tu dois convaincre quelqu'un de te faire confiance alors que tu n'as presque rien à montrer. Au premier semestre 2025, le French Tech Journal recensait seulement 147 tours de pré-seed et de seed en France, contre 410 sur la même période en 2024, soit une chute de 64 %. Dans ce contexte tendu, taper à la mauvaise porte te coûte des mois. Trouver le bon investisseur, celui qui comprend ton marché, qui a le bon montant, la bonne patience et le bon réseau, devient presque plus important que le montant lui-même. C'est exactement ce qu'on va décortiquer ensemble dans cet article.
Comprendre ce qu'est réellement le pré-amorçage avant de chercher un investisseur
Avant de foncer sur LinkedIn pour envoyer cinquante messages à des business angels, prends deux minutes pour bien situer où tu en es. Le pré-amorçage, ou pre-seed, désigne la période où tu cherches encore ton product-market fit et où tu construis ton équipe fondatrice. En France, cette étape se distingue nettement du modèle anglo-saxon : aux États-Unis et au Royaume-Uni, le seed peut concerner des startups sans aucun revenu, alors que l'écosystème français attend en général un début de commercialisation avant de parler d'amorçage, sauf exception pour les projets deep-tech issus de la recherche ou pour les entrepreneurs récidivistes déjà repérés par les investisseurs. Cette nuance change tout dans ta stratégie : si tu n'as encore aucune traction, il vaut mieux d'abord activer des dispositifs publics ou de la love money avant de viser un fonds structuré. Les montants levés à ce stade tournent le plus souvent entre 0,5 et 3 millions d'euros pour un tour d'amorçage classique, mais les tickets les plus précoces, ceux du tout premier pré-seed, sont souvent bien plus modestes, proches des 200 000 à 350 000 euros selon les estimations de France Invest et de Bpifrance.
Business angels ou fonds d'amorçage : identifier le profil d'investisseur adapté à ton stade
C'est LA question que tout fondateur se pose trop tard. Le choix entre un business angel et un fonds de capital-risque ne dépend pas seulement du montant que tu cherches : il dépend surtout de ton niveau de maturité. Si tu es encore en phase de test, avec un MVP mais peu ou pas de chiffre d'affaires, les business angels restent nettement plus adaptés, car ils acceptent mieux l'incertitude et décident plus vite. À l'inverse, si tu as déjà des métriques solides, un produit qui tourne et une ambition d'accélération rapide, un fonds d'amorçage devient envisageable, à condition d'accepter une exigence documentaire beaucoup plus lourde. Un fonds de capital-risque intervient généralement à partir de 300 000 euros et peut aller jusqu'à plusieurs millions d'euros, avec une implication plus structurante dans ta gouvernance. Dans les faits, la majorité des startups françaises en amorçage privilégient encore les business angels pour leur toute première levée, précisément parce qu'ils sont perçus comme plus accessibles et plus réactifs. Les chiffres confirment cette tendance : sur le premier semestre 2025, les réseaux de business angels ont maintenu une activité stable, pendant que le nombre de deals en capital-risque chutait de 60 % en France et de 44 % en Europe, selon le baromètre In Extenso. Concrètement, ne perds pas ton temps à démarcher des VC tant que tu n'as pas au minimum un prototype fonctionnel et un semblant de traction.
Explorer les quatre piliers de l'écosystème pré-seed français
Un fondateur qui ne connaît que "les business angels" et "les VC" passe à côté de la moitié des opportunités. L'écosystème français du pré-amorçage repose en réalité sur quatre familles d'acteurs bien distinctes. D'abord les accélérateurs, comme Station F ou Wilco, qui combinent accompagnement et petit ticket financier. Ensuite les réseaux de business angels structurés, souvent organisés par secteur ou par région. Puis une trentaine de micro-fonds pesant moins de 50 millions d'euros sous gestion, qui pratiquent une logique de portefeuille large plutôt que de tickets concentrés. Enfin les dispositifs publics, au premier rang desquels Bpifrance et son programme French Tech Seed. Ce dernier point mérite qu'on s'y attarde, car trop de fondateurs l'ignorent ou le découvrent trop tard. La Bourse French Tech, dispositif phare de Bpifrance pour financer les toutes premières dépenses (prototypage, étude de marché, dépôt de brevet), est plafonnée à 50 000 euros depuis janvier 2025, avec un ticket moyen constaté plutôt autour de 25 000 à 30 000 euros. Pour les projets deep-tech, la Bourse French Tech Émergence peut monter jusqu'à 90 000 euros. Ces montants paraissent modestes comparés à une levée en capital, mais ils ont un avantage énorme : ce sont des subventions non dilutives, qui ne te font perdre ni équity ni gouvernance, et qui te permettent souvent de tenir jusqu'à ton premier vrai tour privé.
Cibler des investisseurs alignés avec ton secteur plutôt que ton montant
Trop de fondateurs construisent leur liste d'investisseurs en partant du montant recherché, alors qu'il faudrait partir du secteur. Un investisseur qui ne connaît rien à ton domaine ne pourra ni challenger ta roadmap, ni t'ouvrir les bonnes portes chez ses pairs, même s'il signe un chèque. Aujourd'hui, l'intelligence artificielle générative, la climat-tech et la santé numérique concentrent à elles seules plus de la moitié des financements en phase pré-seed en France, ce qui veut dire que si tu es sur l'un de ces segments, des investisseurs spécialisés existent déjà et valent largement le détour comparé à un généraliste. Sélectionner un investisseur ne doit donc jamais se limiter au montant qu'il est prêt à mettre : il faut aussi regarder les compétences sectorielles et le réseau qu'il peut t'apporter, deux facteurs souvent plus décisifs que le chèque lui-même pour la suite de ton parcours. Dans mon expérience d'accompagnement de fondateurs, les tours qui se bouclent le plus vite sont presque toujours ceux où le premier investisseur approché avait déjà investi dans un produit ou un marché proche du tien : il comprend tes métriques sans que tu aies à les réexpliquer pendant une heure, et il devient souvent ton meilleur prescripteur pour la suite du tour.
Construire une short-list d'investisseurs grâce aux bons outils et réseaux
Une fois que tu sais quel type d'investisseur chercher, il faut construire une liste réaliste, pas une liste de rêve. Les plateformes spécialisées, comme les annuaires d'investisseurs actifs de la French Tech, permettent de croiser secteur, stade et montant type pour éviter de démarcher des acteurs hors cible. Les réseaux professionnels comme France Angels, France Digitale ou France Invest jouent aussi un rôle de mise en relation qu'il ne faut pas sous-estimer, d'autant qu'un rapprochement plus poussé entre business angels, VC et acteurs publics est justement en cours de structuration face à la baisse des deals en amorçage, avec un groupe de travail réunissant toutes ces parties prenantes annoncé à la rentrée 2025. Les plateformes de mise en relation, comme Angelsquare qui revendique plusieurs centaines d'opérations réalisées avec des business angels, family offices et fonds de capital-risque, peuvent aussi accélérer ta recherche si tu n'as pas encore de réseau constitué. Concrètement, vise une short-list d'une vingtaine à une trentaine de contacts qualifiés plutôt qu'une liste de deux cents noms trouvés au hasard sur LinkedIn : la qualité du ciblage compte infiniment plus que le volume d'envois à ce stade.
Préparer un dossier crédible avant même le premier contact
Un bon ciblage ne sert à rien si ton dossier n'est pas prêt à encaisser les questions. En phase de pré-amorçage, tu n'as généralement que peu de chiffres à montrer, ce qui veut dire que ton pitch deck doit compenser par la clarté et la conviction plutôt que par les tableaux Excel. Si tu vises un fonds structuré plutôt qu'un business angel isolé, prépare-toi à fournir un niveau de documentation nettement supérieur : prévisionnels financiers détaillés, data room organisée, statuts à jour, pacte d'associés clair et cap table sans zone d'ombre. Ne sous-estime jamais ce point : un dossier bâclé donne l'impression que ta startup entière est bâclée, même si ton produit est excellent. Prends le temps de faire relire ton deck par un fondateur déjà passé par là, ou par un conseiller en financement, avant ton premier vrai rendez-vous.
Miser sur la réactivité et l'accompagnement, pas seulement sur le chèque
Un chèque qui arrive vite mais qui vient d'un investisseur absent vaut souvent moins qu'un chèque plus lent accompagné d'un vrai mentor. De nombreux fondateurs témoignent d'ailleurs d'une réactivité des business angels nettement supérieure à la lenteur parfois frustrante des process en fonds de capital-risque. J'ai personnellement vu une startup accélérer tout son go-to-market simplement parce qu'un business angel de 300 000 euros avait, en plus du chèque, ouvert son carnet d'adresses commercial dès la première semaine. Ce type de retour d'expérience revient souvent chez les fondateurs qui ont priorisé un profil impliqué plutôt qu'un montant plus élevé : le réseau pèse parfois plus lourd que le chiffre inscrit sur le term sheet. Avant de signer, pose systématiquement la question de la disponibilité réelle de ton futur investisseur : combien de participations a-t-il déjà en portefeuille, combien de temps peut-il réellement te consacrer, et a-t-il des contacts concrets dans ton secteur qu'il est prêt à activer pour toi.
Tenir compte du contexte actuel du marché pour ajuster ta stratégie
Le marché du pré-amorçage traverse une période paradoxale qu'il faut absolument intégrer dans ta stratégie. D'un côté, des montants records ont été levés par les fonds de capital-risque français, mais une grande partie reste non déployée. De l'autre, les startups en amorçage peinent de plus en plus à trouver leurs tout premiers investisseurs. Ce déséquilibre veut dire une chose très concrète pour toi : il faut multiplier les canaux plutôt que de miser sur un seul type d'investisseur, et accepter que le processus prenne plus de temps qu'il y a deux ou trois ans. En parallèle, le second semestre 2025 a montré un net rebond des levées tech en France, avec une hausse de 55 % par rapport au semestre précédent selon le baromètre Tech Insights de KPMG, porté notamment par les startups de moins de trois ans (+51 % des montants levés) et par les projets liés à l'intelligence artificielle, qui attirent des capitaux dès les toutes premières séries de financement. Si ton projet touche à l'IA, à la climat-tech ou à la santé numérique, tu es donc objectivement dans une fenêtre plus favorable qu'un fondateur positionné sur un secteur moins prioritaire pour les investisseurs actuels.
En résumé
Trouver le bon investisseur en phase de pré-amorçage ne se résume jamais à décrocher "un" chèque le plus vite possible. Il faut d'abord bien comprendre où tu te situes réellement dans le cycle de financement français, qui diffère du modèle anglo-saxon. Il faut ensuite choisir le bon profil d'investisseur, business angel ou fonds d'amorçage, selon ta maturité et ta traction, sachant que les business angels restent plus accessibles au tout premier stade. Il faut aussi explorer les quatre piliers de l'écosystème, accélérateurs, réseaux de business angels, micro-fonds et dispositifs publics comme Bpifrance, plutôt que de te limiter aux seuls VC classiques. Cibler un investisseur aligné avec ton secteur, en particulier si tu es sur l'IA, la climat-tech ou la santé numérique, augmente nettement tes chances face à des acteurs spécialisés. Construire une short-list qualifiée avec les bons réseaux et plateformes, préparer un dossier solide et crédible, et privilégier la réactivité et l'accompagnement autant que le montant du chèque : voilà les vrais leviers qui font la différence. Enfin, garde en tête le contexte actuel du marché, plus tendu sur le nombre de deals en amorçage mais plus généreux pour les secteurs porteurs comme l'intelligence artificielle. En combinant ces éléments, tu maximises réellement tes chances de trouver non pas n'importe quel investisseur, mais celui qui fera vraiment avancer ta startup.
Sources :
Maddyness / French Tech Journal (sept. 2025),
Licornesociety : Levées de fonds startups France 2025-2026,
Cofondateur.fr, French Funding, Angelsquare,
Profession CGP — baromètre In Extenso, Finalli,
KPMG Tech Insights 2025, Whvoice.





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