Préparer sa levée de fonds en parallèle d’aides publiques : bonne idée ?

 

Quand une start-up entame sa recherche de financements, elle pense immédiatement aux investisseurs privés : business angels, fonds VC, parfois même family offices. Mais ce que beaucoup d’entrepreneurs oublient ou découvrent trop tard, c’est qu’en parallèle, des aides publiques existent pour soutenir l’innovation, l’industrialisation, l’emploi ou encore l’internationalisation. 

Subventions, avances remboursables, prêts à taux zéro, crédits d’impôt : les dispositifs sont nombreux, souvent complémentaires aux financements privés. Mais une question revient systématiquement chez les dirigeants : Peut-on et doit-on mener une levée de fonds en parallèle d’une demande d’aides publiques ? Et surtout, est-ce réellement stratégique ou est-ce que cela dilue les efforts ? 

Dans ce blog, on décrypte pourquoi ces deux dynamiques peuvent se renforcer mutuellement, à condition d’être bien coordonnées. 

 

Aides publiques vs. levée de fonds : deux mondes différents, deux logiques compatibles

Les aides publiques et les levées de fonds privés ne répondent pas à la même logique. 

Les aides publiques s’inscrivent dans une politique de soutien à l’économie ou à l’innovation. Elles sont encadrées, parfois longues à obtenir, mais non dilutives (elles n’affectent pas ton capital). Elles s’obtiennent via des appels à projets, des guichets ouverts ou des dispositifs structurants (comme Bpifrance ou les régions). La levée de fonds, à l’inverse, est une opération privée, stratégique, parfois rapide, mais dilutive. 

Elle implique une ouverture du capital, des négociations sur la valorisation, et souvent un changement de gouvernance. Pour autant, ces deux logiques peuvent être complémentaires. Bien gérées, elles permettent de structurer un plan de financement global, en combinant fonds propres et fonds publics, pour sécuriser la croissance d’un projet.

 

Pourquoi combiner ces deux sources de financement est pertinent

1. Créer un effet de levier financier 

Un investisseur privé sera beaucoup plus rassuré s’il constate que le projet est cofinancé par des aides publiques. Cela donne de la crédibilité, montre que le dossier a été validé techniquement par un organisme d’État, et réduit le besoin en capital dilutif. 

À l’inverse, certains dispositifs publics exigent que le projet soit partiellement autofinancé. Dans ce cas, l’entrée d’investisseurs privés peut débloquer le versement d’aides (ex : subvention Bpifrance Innovation couplée à une levée, ou aides régionales conditionnées à un effet de levier).

 

2. Structurer un plan de financement cohérent 

Les aides publiques ne financent jamais 100 % d’un projet. Il faut toujours apporter des fonds complémentaires. La levée de fonds permet donc de couvrir la part non subventionnée, en apportant des capitaux propres. 

L’inverse est aussi vrai : lors d’une levée, il est souvent stratégique de montrer que des financements publics ont déjà été obtenus, ce qui renforce la solidité du business plan présenté aux investisseurs.

 

3. Sécuriser la trésorerie sur plusieurs phases 

L’un des risques d’une levée de fonds, surtout en early stage, est la consommation rapide du cash levé. En couplant avec des aides publiques, on étale les entrées de financement dans le temps, ce qui permet de lisser les dépenses, de mieux anticiper les besoins futurs, et parfois de reporter une levée suivante à une valorisation plus favorable.

 


Les pièges à éviter quand on mène les deux en parallèle

1. Mal coordonner les calendriers 

C’est l’écueil numéro un. Les aides publiques prennent du temps. Entre le dépôt de dossier, l’analyse, la validation et le décaissement, plusieurs semaines, voire mois, peuvent s’écouler. Une levée de fonds, elle, peut aller plus vite (ou plus lentement !). Si les deux temporalités ne sont pas synchronisées, on risque de se retrouver dans une impasse : 

• Un investisseur attend que l’aide soit obtenue pour investir 

• L’aide publique attend que l’entreprise ait levé des fonds pour être versée 

Résultat : aucun des deux ne bouge, et le projet reste bloqué. Il faut donc anticiper ces scénarios, poser clairement les conditions de chacun dès le départ, et gérer les dépendances entre les deux sources.

 

2. Sous-estimer la charge administrative 

Préparer un dossier Bpifrance ou répondre à un appel à projet régional demande du temps, de la précision, et souvent une bonne compréhension des attentes institutionnelles. 

De l’autre côté, une levée de fonds exige des rendez-vous, des documents stratégiques (pitch deck, business plan, data room), et beaucoup de réactivité dans les échanges. Faire les deux en même temps peut vite devenir énergivore, surtout pour un CEO déjà sur tous les fronts. Il est donc recommandé de bien répartir les tâches dans l’équipe ou de se faire accompagner par des experts (cabinet, DAF externalisé, freelance…).

 

3. Ne pas aligner les usages des fonds 

Les aides publiques sont souvent fléchées : R&D, recrutement, transition écologique, innovation, etc. 

Or, les investisseurs veulent savoir à quoi va servir l’argent levé. Si tu ne fais pas attention, tu risques d’avoir des lignes budgétaires en doublon ou mal justifiées. Il est donc essentiel de définir un plan d’usage des fonds cohérent et bien compartimenté, pour éviter tout flou auprès des financeurs comme de l’administration.

 

Comment articuler les deux de manière stratégique

Pour tirer pleinement parti de cette double dynamique, voici quelques principes simples : 

Cartographier tous les dispositifs disponibles dès le début de ta roadmap de financement : aides Bpifrance, subventions régionales, CIR, prêts d’honneur, concours nationaux… 

Construire un plan de financement prévisionnel sur 12 à 24 mois, en intégrant les différentes sources (fonds propres, dettes, aides, clients) et en anticipant les phases critiques (tech, recrutement, marketing, etc.). 

Identifier les synergies possibles : par exemple, une levée auprès de business angels peut permettre d’activer une subvention innovation ; une aide Bpifrance peut crédibiliser un projet auprès d’un fonds sectoriel. 

Préparer un discours cohérent à présenter aux deux parties : montrer aux investisseurs que tu optimises tes financements publics, et rassurer les institutions sur ta solidité financière et ta gouvernance.

 

En résumé 

Oui, préparer une levée de fonds tout en sollicitant des aides publiques est non seulement possible, mais souvent très pertinent. C’est une manière de : 

• Maximiser tes ressources sans diluer excessivement ton capital, 

• Structurer ton projet autour d’une vision crédible et financée, 

• Créer de la confiance auprès des deux types d’acteurs, qui aiment voir que d’autres croient déjà en toi. 

Mais cela suppose de bien anticiper, de bien s’organiser, et d’articuler les deux dynamiques avec rigueur. Ce n’est pas une gymnastique facile, mais c’est une posture stratégique qui peut faire toute la différence entre une levée « subie » et une trajectoire de financement solide, progressive et bien maîtrisée.

©Droits d'auteur. Tous droits réservés.

 

Suivez toute l'actualité des financements sur nos réseaux sociaux 

Nous avons besoin de votre consentement pour charger les traductions

Nous utilisons un service tiers pour traduire le contenu du site web qui peut collecter des données sur votre activité. Veuillez consulter les détails dans la politique de confidentialité et accepter le service pour voir les traductions.