Évolution des dispositifs publics post-Horizon Europe : ce qui change pour les candidatures innovation

Horizon Europe touche à sa fin en 2027. Derrière ce tournant se cache une refonte profonde du paysage du financement public européen, nouveaux critères, nouvelles architectures, nouvelles règles du jeu.
Tu prépares un dossier de financement européen et tu sens que quelque chose est en train de changer ? Tu as raison. À moins de deux ans de la fin d'Horizon Europe, le paysage des dispositifs publics d'innovation se transforme en profondeur. Nouvelles règles d'évaluation à l'EIC Accelerateur, naissance d'instruments inédits, négociations en cours pour le 10e programme-cadre à horizon 2028 : les acteurs qui anticipent ces mutations aujourd'hui prendront une longueur d'avance considérable demain.
Voici le guide complet pour ne pas rater la transition.
Horizon Europe 2026–2027 : la dernière ligne droite, et elle compte double
Horizon Europe, le 9e programme-cadre de recherche et d'innovation de l'Union européenne, court de 2021 à 2027. Doté d'un budget global de 95,5 milliards d'euros, il reste à ce jour le programme de financement de la recherche le plus ambitieux jamais lancé au monde. Mais voilà : on entre dans sa phase terminale.
Le 11 décembre 2025, la Commission européenne a publié les programmes de travail 2026–2027, la dernière et la plus stratégique des phases de programmation. Ces documents définissent l'intégralité des appels à projets, thématiques prioritaires, budgets alloués et critères d'évaluation pour les deux ultimes années du programme. La fenêtre est limitée. Le budget restant est massif.
- 14 Md€ : D'opportunités de financement sur 2026–2027
- 100% : Taux de cofinancement possible pour certaines activités de recherche
- 2027 : Fin officielle d'Horizon Europe, avant un nouveau programme en 2028
Ce moment est particulièrement singulier pour une raison précise : la phase 2026–2027 concentre des thématiques à fort impact industriel, avec un alignement renforcé sur les priorités politiques européennes, souveraineté technologique, transition climatique, intelligence artificielle, deep tech. Les taux de sélection sont historiquement bas (moins de 5% à l'EIC Accelerator de bout en bout), mais les montants accessibles sont sans équivalent dans le financement public non dilutif.
CE QUE COUVRENT LES WORK PROGRAMMES 2026–2027
- Le pilier I « Science d'excellence » via l'ERC et les actions Marie Skłodowska-Curie
- Le pilier II « Problématiques mondiales » structuré en 6 clusters thématiques (santé, numérique, énergie, alimentation, société, sécurité)
- Le pilier III « Europe innovante » via le Conseil Européen de l'Innovation (EIC) et les écosystèmes d'innovation
- Le pilier IV dédié à l'élargissement de la participation et au renforcement de l'Espace Européen de la Recherche
La particularité de cette dernière fenêtre réside aussi dans la compétition accentuée : tous les porteurs de projets qui ont raté les éditions précédentes y viendront. La qualité des dossiers soumis en 2026 et 2027 sera donc, très probablement, supérieure à la moyenne des années passées. Cela signifie qu'une préparation anticipée n'est plus un avantage, c'est une condition sine qua non de succès.
À RETENIR
Les programmes de travail 2026–2027 sont disponibles sur le EU Funding & Tenders Portal. Les dates limites varient selon les thématiques, mais une règle tient toujours : les consortia qui commencent à construire leurs partenariats six mois à l'avance ont statistiquement de meilleures chances de succès.
EIC Accelerator 2026 : une refonte majeure qui change les règles du jeu pour les startups et PME
L'EIC Accelerator est l'instrument phare du Conseil Européen de l'Innovation pour soutenir les startups et PME européennes portant des innovations de rupture à fort potentiel de croissance mondial. Il combine une subvention allant jusqu'à 2,5 millions d'euros et un investissement en fonds propres via le EIC Fund pouvant atteindre 10 millions d'euros. En 2026, cet instrument entre dans une phase de transformation importante.
Six dates de clôture par an au lieu de deux : une flexibilité inédite
Le changement le plus immédiatement visible est la refonte du calendrier. Là où l'EIC Accelerator proposait jusqu'ici deux grandes fenêtres de dépôt annuelles, l'édition 2026 adopte un modèle bimestriel avec six dates de clôture en janvier, mars, mai, juillet, septembre et novembre. Pour les PME et startups, c'est une opportunité réelle de mieux synchroniser leur candidature avec leur maturité technologique et leur développement commercial, sans attendre six mois qu'une fenêtre se rouvre.
Un budget de 414 millions d'euros pour l'open call, 220 millions pour les challenges
Le budget total de l'EIC Accelerator 2026 marque une augmentation sensible des ressources allouées. Le volet Open, ouvert à toutes les technologies deep tech sans thématique imposée, bénéficie d'une enveloppe de 414 millions d'euros. Le volet Challenges, ciblant cinq thématiques stratégiques identifiées comme prioritaires, dispose de 220 millions d'euros supplémentaires. Les cinq challenges 2026 portent sur les matériaux avancés pour l'énergie et le stockage, le renforcement de la chaîne de valeur des matières premières critiques, et les technologies deep tech pour l'adaptation climatique, entre autres domaines.
Les lauréats des challenges peuvent également obtenir le Sovereignty (STEP) Seal, un label qui facilite considérablement l'accès à d'autres financements européens et nationaux complémentaires.
La due diligence technique : le changement qui fait le plus de différence
C'est peut-être la nouveauté la plus significative pour la qualité des dossiers déposés. À partir de 2026, l'évaluation de la full proposal intègre une technical due diligence réalisée par un expert externe indépendant. Concrètement, cela signifie que la solidité technologique de ton projet va être auditée de manière rigoureuse, au-delà de la seule lecture de ton dossier par un jury généraliste.
" L'Europe doit transformer son talent scientifique en entreprises capables de diriger le marché mondial. L'EIC Accelerator est un outil clé pour permettre cette transition et éviter que les technologies européennes ne restent dans les laboratoires. " Sara San Martín, consultante en projets européens chez Zabala Innovation
Cette évolution répond à une critique récurrente du programme : des projets brillants sur le papier mais insuffisamment étayés sur le plan de la preuve de concept ou du niveau de maturité technologique réel (TRL). La pondération des critères d'évaluation évolue également : la note d'impact passe à 30% (contre 20% auparavant), tandis que l'excellence technique descend à 50%. Le message est clair, il ne suffit plus de prouver que ta technologie est innovante, il faut démontrer concrètement qu'elle peut transformer un marché.
La limite des candidatures : une nouvelle contrainte à anticiper
Une autre nouveauté 2026 concerne les entreprises qui ont déjà candidaté sans succès : l'EIC introduit une limite du nombre de candidatures, alignée sur le modèle déjà existant pour d'autres instruments. Les sociétés disposeront désormais de trois opportunités de candidater, sans effet rétroactif sur les candidatures soumises en 2025. Cela change fondamentalement la stratégie : il ne s'agit plus de candidater pour s'entraîner, mais de construire chaque dossier comme s'il était décisif.
SYNTHÈSE DES PRINCIPALES NOUVEAUTÉS EIC ACCELERATOR 2026
- 6 dates de clôture par an (bimestriel), au lieu de 2 fenêtres annuelles
- Budget total : 634 M€ (414 M€ Open + 220 M€ Challenges)
- Technical due diligence intégrée dès la full proposal
- Pondération impact : 30% / Excellence : 50% / Faisabilité : 20%
- Limite à 3 candidatures par entreprise (sans effet rétroactif 2025)
- Financement mixte : investissement minimum passé à 1 M€
- STEP Seal pour les lauréats des challenges, ouvrant des accès à des cofinancements nationaux
L'EIC Pathfinder et les nouveaux instruments pilotes : vers une logique ARPA européenne
Au-delà de l'Accelerator, l'ensemble de l'écosystème EIC évolue. L'EIC Pathfinder dédié à la recherche fondamentale à fort potentiel de rupture se dote de nouvelles règles pour 2026, et surtout un instrument entièrement inédit fait son apparition.
EIC Pathfinder 2026 : des projets plus ambitieux financièrement
L'appel EIC Pathfinder Open 2026 clôture le 21 mai et dispose d'un budget de 142 millions d'euros. La bonne nouvelle pour les porteurs de projets de recherche fondamentale : la taille indicative des projets financés augmente à 4,5 millions d'euros en 2026, contre des montants généralement inférieurs les années précédentes. L'objectif est de permettre aux équipes d'atteindre le stade de la preuve de concept dans le cadre d'un même financement, sans avoir à fragmanter la trajectoire de leur recherche en plusieurs projets consécutifs. Le passage au modèle lump-sum (forfait) se poursuit également, simplifiant la gestion budgétaire pour les équipes de recherche.
L'instrument pilote inspiré du modèle ARPA : une rupture conceptuelle
C'est sans doute l'innovation la plus structurante de l'EIC 2026 : le lancement d'un instrument pilote de type ARPA en référence aux Advanced Research Projects Agencies américaines qui ont, entre autres, contribué à financer les origines d'Internet. Cet instrument inédit vise à préfigurer ce que sera l'EIC dans le prochain programme-cadre et à évaluer si cette approche accélère efficacement la mise sur le marché des innovations de rupture.
Son fonctionnement s'articule en deux étapes distinctes. La première étape propose jusqu'à 300 000 euros sur 9 mois pour tester la faisabilité et la viabilité de solutions innovantes, via un appel ouvert uniquement en mono-bénéficiaire. La seconde étape, accessible uniquement aux projets retenus à l'issue de la première, peut financer jusqu'à 2,5 millions d'euros sur 2,5 ans pour le développement et les tests en conditions réelles, avec une implication renforcée des utilisateurs finaux, une caractéristique spécifique au modèle ARPA qui distingue cet instrument des dispositifs classiques.
POURQUOI C'EST IMPORTANT
Cet instrument pilote n'est pas seulement une nouvelle ligne budgétaire. C'est un laboratoire conceptuel pour tester une logique de financement que l'UE pourrait généraliser dans le FP10 (2028–2034). Les porteurs de projets qui y participent aujourd'hui contribuent à dessiner l'architecture de demain.
Ce qui se négocie pour 2028 : le 10e programme-cadre (FP10) sous le signe de la compétitivité
La vraie question stratégique pour les innovateurs n'est pas seulement de savoir comment candidater aux dernières fenêtres d'Horizon Europe. C'est de comprendre vers quoi on se dirige ensuite parce que les règles qui s'appliqueront à partir de 2028 sont en train de se décider maintenant.
Le 16 juillet 2025 : la proposition de la Commission, un signal fort
Le 16 juillet 2025, dans le cadre du budget à long terme de l'UE pour 2028–2034, la Commission européenne a publié sa proposition pour le prochain programme-cadre. Ce texte fondateur propose un programme doté d'une enveloppe de 175 milliards d'euros soit un doublement par rapport à la période actuelle. L'accord entre les institutions européennes est attendu d'ici fin 2026 pour une entrée en vigueur au 1er janvier 2028.
Les quatre piliers retenus dans la proposition révèlent les priorités politiques : un pilier « Science d'excellence » qui préserve la recherche fondamentale ; un pilier « Compétitivité et société » centré sur la recherche collaborative au service de la compétitivité industrielle ; un pilier « Innovation » qui élargit le champ d'action de l'EIC, notamment aux projets disruptifs à haut risque et aux startups dans les domaines de la défense et des biens à double usage ; et enfin un pilier dédié à l'Espace Européen de la Recherche.
Le Fonds Européen de Compétitivité : un changement de paradigme
La grande nouveauté architecturale du CFP 2028–2034 est la création du Fonds Européen de Compétitivité (ECF), doté de 409 milliards d'euros selon la proposition de la Commission. Son ambition est de regrouper et simplifier plusieurs programmes sectoriels existants l'Innovation Fund, InvestEU et d'autres dans un guichet unique, avec des règles communes, des procédures allégées et un accès accéléré aux fonds. Ce fonds est directement inspiré des recommandations du rapport Draghi sur la compétitivité européenne, qui identifiait la fragmentation des instruments de financement comme l'un des principaux obstacles à l'émergence de champions industriels européens.
- DÉCEMBRE 2025 :Publication des work programmes 2026–2027 d'Horizon Europe
14 milliards d'euros ouverts sur les deux dernières années du programme. Les appels couvrent les quatre piliers et s'étendent tout au long de 2026 et 2027.
- 2026 : Négociations institutionnelles sur le FP10
Le Conseil et le Parlement européen entament les négociations sur le prochain programme-cadre. Un accord est attendu avant fin 2026.
- 2027 : Clôture d'Horizon Europe & préparation du FP10
La Commission prépare les premiers work programmes du 10e programme-cadre. C'est l'année de transition, critique pour positionner ses projets.
- 1ER JANVIER 2028 : Entrée en vigueur du 10e programme-cadre
Début d'une période de financement 2028–2034 (voire 2036 selon certaines projections) avec un budget potentiellement doublé par rapport à Horizon Europe.
Ce que le CNRS et les grandes institutions attendent du FP10
Le directeur du Bureau de représentation du CNRS à Bruxelles, Jean-Stéphane Dhersin, souligne plusieurs points saillants de la proposition de juillet 2025. D'abord, la préservation de la recherche fondamentale dans le pilier I est accueillie très favorablement c'est une garantie que l'excellence scientifique ne sera pas sacrifiée au profit d'une vision trop immédiatement utilitaire de l'innovation. Ensuite, la montée en puissance de l'EIC, qui étend désormais son périmètre à l'innovation de défense et au dual use, est perçue comme un signal fort de la volonté européenne de s'affirmer sur des technologies stratégiques.
Les organisations universitaires comme l'EUA (European University Association) et la LERU ont également publié leurs réactions, insistant sur la nécessité de ne pas sacrifier la qualité des critères d'excellence au profit d'une logique purement industrielle. La tension fondamentale entre excellence scientifique et impact compétitif reste au cœur des négociations, et elle conditionnera directement les critères d'évaluation des futurs appels à projets.
Les dispositifs complémentaires à surveiller : au-delà de l'EIC, un écosystème en recomposition
Horizon Europe ne se résume pas à l'EIC. Pour construire une stratégie de financement robuste à l'horizon 2026–2030, il faut avoir une vision panoramique de l'ensemble des dispositifs disponibles et de leur articulation.
STEP Scale Up : le STEP Seal comme clé d'entrée aux cofinancements
Le programme EIC STEP Scale Up représente une logique nouvelle dans l'écosystème EIC. En 2026, il propose quatre dates de clôture trimestrielles (février, mai, septembre et novembre). Son principe est simple mais puissant : les entreprises qui obtiennent le STEP Seal, label décerné aux projets en lien avec les technologies stratégiques identifiées comme prioritaires pour l'autonomie européenne bénéficient d'un accès facilité à des co-investissements de la part des États membres via InvestEU ou à l'échelle des projets. C'est une façon d'amplifier l'effet levier du financement EIC en l'articulant avec des mécanismes nationaux.
Les trois grandes thématiques STEP sont : les technologies numériques et l'innovation deep tech, les technologies propres et économes en ressources, et les biotechnologies. Un projet bien positionné sur l'une de ces thématiques peut donc cumuler un financement EIC direct et un accès facilité à des investissements publics complémentaires de 10 à 30 millions d'euros via le STEP Scale Up.
Les écosystèmes d'innovation interconnectés : un appel souvent sous-estimé
Le programme Horizon Europe — Écosystèmes d'innovation interconnectés finance des projets collaboratifs entre acteurs de soutien à l'innovation, pôles de compétitivité, incubateurs, agences régionales, universités. L'appel 2026 dispose d'un budget total de 14,5 millions d'euros répartis en trois topics : le renforcement des réseaux européens de marchés publics de l'innovation, le développement des écosystèmes d'investissement, et la mise à l'échelle des écosystèmes deep tech. Les taux de co-financement peuvent atteindre 100% des coûts éligibles, ce qui en fait un levier particulièrement attractif pour les structures d'accompagnement.
Les Missions d'Horizon Europe : cinq défis sociétaux aux budgets substantiels
Les Missions d'Horizon Europe sont des programmes de recherche et de développement de solutions innovantes conçus pour répondre à cinq grands défis sociétaux : la lutte contre le cancer, l'adaptation au changement climatique, les villes intelligentes et neutres en carbone, la santé des sols et la dépollution des eaux et des océans. Pour 2026 et 2027, la Commission européenne a lancé deux appels à projets spéciaux dédiés à la décarbonation des industries énergo-intensives et à la production de technologies propres, dotés respectivement de 250 millions et 290 millions d'euros. Chaque projet retenu peut recevoir entre 15 et 25 millions d'euros, dans le cadre d'un consortium d'une dizaine de partenaires européens.
Digital Europe Programme et les dispositifs thématiques hors Horizon
En parallèle d'Horizon Europe, le programme Digital Europe (DIGITAL) constitue un complément stratégique souvent méconnu. Focalisé sur l'intégration de la technologie numérique aux entreprises, aux administrations et aux citoyens, il finance des capacités dans cinq domaines clés : le calcul haute performance, l'intelligence artificielle, la cybersécurité, les compétences numériques avancées et le déploiement de technologies numériques. Pour les entreprises tech qui hésitent entre Horizon Europe et d'autres guichets, DIGITAL peut être plus adapté selon le niveau de maturité et la nature de l'activité.
Ce que ces évolutions changent concrètement dans ta stratégie de candidature
Avoir une lecture prospective du paysage de financement ne sert à rien si elle ne se traduit pas en décisions concrètes. Voici ce que ces transformations impliquent pratiquement pour toute organisation qui envisage de candidater à des dispositifs européens dans les deux prochaines années.
Prépare ton dossier technique comme si un auditeur allait le disséquer
L'introduction de la due diligence technique à l'EIC Accelerator change fondamentalement la nature du travail à fournir sur la section technologie d'un dossier. Jusqu'ici, il suffisait souvent d'une description convaincante et d'une roadmap crédible. Désormais, un expert externe va examiner la cohérence entre ton TRL déclaré et la réalité de tes démonstrations, la robustesse de ta propriété intellectuelle, et la plausibilité de tes jalons techniques. Cela signifie que toute candidature sérieuse doit inclure des preuves documentées : résultats d'essais, brevets déposés ou en cours, publications scientifiques, témoignages d'experts indépendants.
L'impact, maintenant pondéré à 30%, doit être au cœur du narratif pas en annexe
La repondération des critères d'évaluation n'est pas un détail administratif. Elle reflète une évolution de fond de ce que l'EIC cherche à financer : non plus seulement des technologies brillantes, mais des technologies capables de transformer un secteur, de créer de nouveaux marchés, ou de répondre à des enjeux sociétaux documentés. Le chapitre impact de ton dossier doit être traité avec le même soin que ta partie technique idéalement, il doit être construit en miroir, avec pour chaque jalon technique une traduction en termes d'impact mesurable et de création de valeur européenne.
Penser "portfolio de financement" plutôt que "dossier unique"
La complexification de l'écosystème de financement Horizon Europe, STEP, Digital Europe, fonds structurels, instruments nationaux invite à adopter une logique de portfolio. Aucun dispositif ne peut seul couvrir l'ensemble du cycle de développement d'une innovation deep tech, de la recherche fondamentale à la mise sur le marché. La stratégie gagnante est celle qui identifie le bon instrument pour chaque stade de maturité, en anticipant les articulations et en évitant les doublons de financement qui sont, à juste titre, un critère éliminatoire dans la plupart des évaluations.
Anticiper le FP10 dès aujourd'hui
Les premières négociations institutionnelles sur le 10e programme-cadre sont en cours. Les work programmes initiaux du FP10 seront probablement disponibles courant 2027, pour des premiers appels en 2028. Pour les organisations qui développent des projets pluriannuels, cela signifie qu'il faut commencer à positionner dès maintenant les projets sur les thématiques stratégiques identifiées dans la proposition de la Commission (IA, quantique, biotech, défense duale, technologies propres) pour être en mesure de candidater dès les premières fenêtres du nouveau programme.
"Nous voulons un programme plus facile d'accès, plus rapide à gérer et plus flexible, des appels plus courts et des thèmes plus ouverts, un règlement unique pour Horizon Europe et le Fonds de compétitivité." Ekaterina Zaharieva, Commissaire européenne aux Start-up, à la Recherche et à l'Innovation
Ne pas négliger le rôle des Points de Contact Nationaux (PCN)
Un réseau de Points de Contact Nationaux (PCN) couvre l'ensemble des instruments d'Horizon Europe en France. Ces structures, adossées à des organismes comme Bpifrance, le CNRS, ou les agences régionales, offrent gratuitement un accompagnement personnalisé sur la structuration des consortia, la lecture des work programmes, et la préparation des propositions. Dans un contexte où la compétition s'intensifie et où les règles changent, utiliser ces ressources n'est plus optionnel c'est de la prudence élémentaire.
En résumé
01 - Horizon Europe 2026–2027 : une dernière fenêtre massive à ne pas manquer
Les programmes de travail publiés en décembre 2025 ouvrent 14 milliards d'euros d'opportunités sur les deux dernières années du programme. La compétition sera renforcée, et une préparation anticipée est décisive.
02 - L'EIC Accelerator 2026 change profondément ses règles
Six dates de clôture par an, 634 millions d'euros de budget, une due diligence technique systématique et une limite à trois candidatures par entreprise : chaque dossier doit désormais être traité comme définitif.
03 - Un instrument pilote de type ARPA préfigure le futur de l'EIC
Le nouvel instrument ARPA-like lancé en 2026 teste une approche en deux étapes, centrée sur l'adoption par les utilisateurs finaux. Il anticipe l'architecture du 10e programme-cadre et mérite une attention particulière des innovateurs deep tech.
04 - Le 10e programme-cadre (FP10) arrive en 2028 avec un budget doublé
La proposition de la Commission de juillet 2025 envisage un budget de 175 milliards d'euros pour 2028–2034, soit un doublement par rapport à Horizon Europe. Les priorités sont la compétitivité industrielle, la deep tech stratégique, la défense duale et la transition climatique.
05 - Construire un portfolio de financement, pas un dossier isolé
EIC, STEP Scale Up, Digital Europe, fonds structurels, instruments nationaux : chaque stade de maturité d'un projet innovation a son dispositif approprié. La stratégie gagnante est celle qui articule ces instruments de façon cohérente sur un horizon 3 à 5 ans.
06 - L'impact et la preuve technique, les deux piliers du dossier de demain
La repondération des critères EIC (impact à 30%, due diligence technique systématique) signale que les évaluateurs cherchent des projets qui conjuguent solidité scientifique et transformation concrète d'un marché. Les dossiers qui ne documentent pas les deux ne passeront plus.
